![]() |
||
|
René ABERLENC
|
||
Dès son adolescence, René Aberlenc entra en peinture comme d'autres entrent en religion. Issu d'un milieu modeste, il atteignit seul, dans la douleur, par une vie d'efforts et d'amour jamais mesuré, les hauteurs de la culture et de la vie de l'esprit, sans jamais renier ses origines populaires. La vanité, dont le goût des honneurs est une forme, lui était étrangère. Il voua toujours une profonde vénération à sa mère, épicière au Faubourg du Soleil à Alès, qui éleva seule ses trois enfants. À 16 ans, il fit d'elle au pastel un portrait admirable de profondeur et d'amour, sa première uvre majeure. Trempé par les épreuves, René était courageux, persévérant, sincère, d'une profonde honnêteté, sans artifice, simple, respectueux d'autrui et de lui-même, généreux, dévoué. Il était d'une sensibilité extrême et d'une intelligence vive. C'était un grand cur, une âme de feu, un homme véritable ! L'art était sa joie, sa respiration, sa vie. Il aimait lire et il s'intéressait à tout. Il se passionnait pour l'archéologie et pour l'histoire, ces disciplines qui replacent notre présent éphémère dans la plus juste perspective du devenir. Il aimait les églises romanes et les cathédrales. Il aimait ramasser insectes et fossiles. Avec quelle émotion profonde admirait-il une pointe de flèche en silex ou une Vénus préhistorique, une statue grecque ou égyptienne, un tableau de Rembrandt ou de Courbet, une ammonite ou un scarabée ! S'il fallait définir René par un seul mot, ce serait "profondeur" : il était d'une très grande profondeur. Comme chez tous les authentiques artistes, son regard visionnaire pénétrait la vérité intérieure des êtres et des choses, toujours avec pudeur et respect. Son amour de la vie, son rire chaleureux, son enthousiasme, sa droiture en faisaient un être rayonnant. Comment suggérer ce que la perte d'un tel être peut signifier ? Il parvint à unir dans sa peinture amour de la vie, profondeur, puissance, architecture et liberté de la forme simplement suggérée, lumière et déploiement de la couleur. C'était un grand portraitiste : par la figure humaine, il recherchait la vérité intérieure des êtres. C'était un remarquable dessinateur. Il travailla toute sa vie sur le thème de la truite qui le hantait. Ses nus, que ce soient des huiles, des pastels ou des dessins, le placent au premier rang des peintres figuratifs français de son époque. Un peintre qui se croit dispensé d'assimiler le métier, la technique, fait penser à cet oiseau qui, refusant de toujours se heurter à la résistance de l'air, pense pouvoir mieux voler dans le vide. Comme aimait à le répéter George Besson, la peinture est un métier, d'abord. Certes ! Mais ce "d'abord" suggère que si le métier est nécessaire, il n'est pas suffisant ! Si l'uvre de René a quelque chose à nous dire, c'est parce qu'il n'était pas seulement un honnête artisan ! L'art n'est rien sans la technique, mais il ne déploie ses ailes qu'au-delà de celle-ci Comme l'a dit Jean Carton, "Nous n'espérons guère que maintenir pour ceux qui vont suivre quelques valeurs essentielles. Ce qui n'est pas si peu". René
Aberlenc plaçait très haut la mission des artistes. Il
déclara un jour : Quel
était son idéal ? Donnons-lui à nouveau la parole
: Il n'avait pas la vanité naïve de se croire au-dessus de la Tradition et dispensé d'étudier les Maîtres : s'imaginer que l'art commence ou s'achève avec sa petite personne aura été une maladie du XXe siècle. Refuser toute tradition ou refuser toute innovation sont deux extrêmes absurdes qui aboutissent à la stérilité, à la répétition, à tourner en rond. C'est le contraire de la vie et ô combien René était Vivant ! Toujours en art il crut en une hiérarchie des valeurs : tout n'est pas au même niveau. Il rejeta le morbide, le goût du néant, la croyance en l'absurde, l'intellectualisme cérébral coupé de toute sensibilité et de toute humanité, tous ces jeux de l'ego qui sous le prétexte d'une illusoire liberté déchaînent ce qui grouille et rampe en l'homme et lui dénient sa lumière intérieure. L'art authentique nous élève en direction du sommet de nous-même, il ne saurait servir à avilir ni à banaliser. René Aberlenc croyait aux valeurs positives de l'être humain, il avait foi dans la vie et dans la beauté du monde. Platon nous a enseigné que là où est la Vérité, là est la Beauté. La peinture de chevalet n'a pas fait son temps. L'art du XXe siècle n'a pas suivi une évolution monolithique et inéluctable, il a été contrasté, traversé par mille débats et tendances. Et la peinture figurative française, elle-même pluraliste, aura marqué avec fécondité ce siècle, n'en déplaise à ceux qui ont occulté sa réalité vivante, à ceux qui annonçaient sa disparition ou l'ont déclarée obsolète. René Aberlenc s'est sans cesse renouvelé. On peut distinguer dans l'évolution de sa peinture 4 grandes périodes qui se fondent graduellement l'une dans l'autre : De
1935 à 1948, la période de jeunesse, pendant laquelle
il apprit les bases du métier ; Sa peinture est entrée après sa mort dans une période de "purgatoire" de 30 ans. Aujourd'hui, cette magnifique exposition marque le début du retour en pleine lumière d'un grand peintre. Rendre hommage à René, c'est rendre hommage à sa très chère sur Jeanne et à son frère très aimé, le poète André Antonin, dont l'écriture de feu et d'océan prendra la place qui lui revient dans les lettres françaises du XXe siècle. Rendre hommage à René, c'est rendre hommage à Pierrette : sans elle, non seulement il n'aurait pas pu accomplir son uvre, mais encore il n'aurait pas pu survivre. René et Pierrette formèrent un couple d'une exceptionnelle harmonie. Cher René, ton uvre n'a pas besoin de discours, elle a en elle-même la force et la beauté de ce qui a l'avenir pour soi, quand les sirènes de la mode et les "vérités" artistiques officielles de notre époque auront rejoint la poussière des siècles. À travers ton uvre, par-delà le voile du temps, ton cur nous entraîne vers les horizons de la lumière du monde !
|
||
|
"In memoriam René Aberlenc" Poème d' André ANTONIN (1914-1977), frère de René ABERLENC. |
||
|
# Jusqu'au
fond de l'abîme # Le temps
des amis # Garde le
silence |
# Rien ne
corrode l'âme # Or si mourir S'il est
vrai qu'au fond du temps tout chavire # Où
tout tient |
|
| Peintures | ||
| René ABERLENC : l'homme | ||
| Exposition Rétrospective Vernissage à Bagnols-sur-Cèze le mercredi 20 juin 2001 | ||
| ArtdeCom | Contact : Henri-Pierre Aberlenc |
|